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26 octobre 2006
Réformation : jour de fête ?
Certains protestants fêtent à la fin du mois d'octobre la commémoration de la Réforme, appelée "Fête de la Réformation". Cette célébration lors d'un culte dominical conduit ceux qui la célèbrent dans un paradoxe étonnant...
La célébration de la Réformation a commencé déjà du vivant de Luther. Cela se pratiquait chaque année dans certaines Eglises allemandes : en 1528 dans l'Eglise de Brunswick et en 1529 à Hambourg. La date initialement prévue était le dimanche de la Trinité.
Plus tard, à la fin du XVIéme siècle, un lien plus direct fut établi avec la personne de Luther. En effet, on choisit sa date de naissance, le jour de la Saint-Martin. Ailleurs, c'est celui de son décès (18 février) qui était commémoré.
L’idée était de marquer l’événement fondateur du protestantisme. A partir du XVIIéme siècle, ces dates se concentrent finalement autour du 31 octobre (ou le dimanche le plus proche). Cette date correspond à l'affichage des 95 thèses de Luther sur les indulgences, contestant que le salut puisse être quelque chose que l’Église vende. Très combative au départ, la tonalité de la fête a changé. Aujourd'hui, c’est l’occasion de repenser au message central de l’apôtre Paul et du réformateur de Wittemberg : le salut par grâce, par le moyen de la foi. Les textes bibliques le plus souvent lus lors de la fête sont : Galates 5, 1-6 : l'appel à la liberté ; Romains 3, 20-28 : la justification par la foi ; Matthieu 5, 2-12 : les Béatitudes.
Voici une prière prononcée dans les Eglises luthériennes allemandes en ce jour :" Dieu tout-puissant et miséricordieux, nous te rendons grâce parce que, par des témoins et confesseurs fidèles, tu as à nouveau donné à nos pères ton pur Evangile et parce que tu nous laisses encore aujourd'hui annoncer ta vérité qui nous sauve. Nous te prions : permets que l'annonce pure de ta Parole et l'usage juste de tes saints sacrements soient conservés parmi nous et parmi nos descendants ".
La coïncidence de date avec les fêtes païennes d’Halloween et la fête des morts qui précède la Toussaint n’est peut-être pas un hasard. La fin du mois d’octobre marque le passage vers l’hiver, le temps du combat contre le froid, de la lutte humaine contre toutes les fatalités des saisons et de la mort.
Quoi qu’il en soit, faire mémoire de la Réforme est intéressant. Mais du point de vue d’un Calvin, dont l’Église réformée est issue, cette pratique serait assez choquante car elle hisse au rang de fête un événement sans rapport direct avec la vie du Christ. En effet, toutes les autres fêtes sont là pour nous rappeler Jésus lui-même, seul centre possible de notre foi, qui nous décentre de nous-mêmes et nous invite à ne pas faire de nos identités particulières des idoles mortifères.
Alors, faut-il fêter la Réformation ? S’en souvenir ensemble, dans une conférence ou dans un article comme celui-ci, pourquoi pas, mais en faire un événement cultuel n’est pas du tout cohérent avec le fond de notre foi. Chacun en sera juge et l’on peut imaginer qu’il y aura autant de réponses que de fidèles : c’est un bon vieux réflexe protestant.
09:50 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Commentaires
"Mais du point de vue d’un Calvin, dont l’Église réformée est issue, cette pratique serait assez choquante"
Cette remarque est quand même assez amusante: vous savez très bien que Calvin aurait condamné bien des théologies ayant cours à l'heure actuelle dans l'ERF. De ce point de vue, on peut trouver "choquants" le libéralisme théologique, la négation de l'autorité de la Bible, l'ordination des femmes (et bientôt des homosexuels, puisque l'un ne va pas sans l'autre"et j'en passe.
Vous vous référez à Calvin, mais COMBIEN de pasteurs de l'ERF peuvent-ils souscrire sans hésiter à la Confesion de Foi de La Rochelle???
Alors oui, quand on voit l'état des églises dites "protestantes" officielles, encore plus corrompues peut-être que ne l'était le catholicisme médiéval, on peut dire "Vive la Réforme qui vient".
Ecrit par : Lecerf | 29 octobre 2006
Réponse de G. Boucomont
Je pense que la fidélité à la Réforme ne passe pas par une fidélité à la lettre historique de la Réforme (suivre tout ce que Calvin a dit dans son contexte culturel, adhérer à la lettre à la confession de foi de La Rochelle, même si elle est très intéressante et qu'on devrait la faire relire à beaucoup de gens, je suis bien d'accord avec vous).
Pour moi la fidélité à la Réforme passe par une fidélité à l'esprit de la Réforme, qui n'est autre qu'une actualisation de l'esprit de Jésus dans son rapport à son temps et aux institutions religieuses de l'époque.
Dès lors, ne chanter que des cantiques du 16ème est une hérésie par rapport à l'esprit d'une Réforme, où, et Calvin et Luther se sont décarcassés à demander qu'on ne chante plus des vieilleries, mais bien des cantiques où l'Evangile puisse être assimilé, parce que chanté en faisant sa vaisselle sur les rythmes du temps présent. La fidélité à la Réforme, en la matière, ne passe pas par une fidélité aux cantiques d'il y a 450 ans, mais bien par la fidélité à l'esprit de la Réforme : une exigence créative sur l'esthétique et la qualité des paroles (surtout les paroles, de grâce !) de ce qui est chanté. Le fait qu'il n'y ait plus eu pour ainsi dire aucune créativité musicale dans l'ERF depuis le "Je louerai l'Eternel" qui a déjà 30 ans... est inquiétant. Où est la vivacité des Goudimel, Théodore de Bèze, Bach, et même, un peu plus tard, Malan, Zinzendorf, et autres ? Alors bien sûr, nous assumons la totalité de notre héritage, mais le purisme qui fait que la plupart des E.R. ne chantent que du Goudimel et du Bach est une aberration historique.
Bizarrement, ça me choque plus que le libéralisme théologique, dont Luther et Calvin ont planté les bases puisqu'ils ont commencé à avoir une lecture "critique" du texte, et à refuser une approche qui soit seulement fondamentaliste (n'oubliez pas le seulement, svp).
Je constate, avec vous, que les Eglises réformées qui sont sérieuses par rapport à l'Ecriture, au soin pris pour les personnes concrètement, par rapport à ce que j'ai appelé ici l'esprit de la Réforme, etc. sont en croissance, et que toutes les autres s'endorment au mieux, et meurent au pire...
Bien vôtre,
GB
Ecrit par : Gilles Boucomont | 30 octobre 2006
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